Les pouvoirs du fer – 1
par Isabelle Touyarou, adhérente
Si l’ingĂ©nieur français NicĂ©phore NiĂ©pce est considĂ©rĂ© comme l’inventeur de la photographie en 1824, Anna Atkins est la première femme a avoir utilisĂ© ce procĂ©dĂ© visuel de reproduction. NĂ©e en 1799 sous le reigne de Georges III, elle est la fille d’un scientifique travaillant pour le British Museum et grandit dans un milieu oĂą les conversations Ă©taient rythmĂ©es par deux notions : la science et les avancĂ©es technologiques. Un environnement fertile pour un esprit curieux – ce qu’elle Ă©tait.
A l’Ă©poque, la science est un domaine rĂ©servĂ© aux hommes, mais pas la botanique. Anna Atkins Ă©tudie les plantes et rĂ©alise des dessins pour illustrer des manuels pratiques, jusqu’Ă ce qu’elle reçoive son premier appareil photo au dĂ©but des annĂ©es 1840.
Mais c’est au cyanotype qu’elle va consacrer son travail : un procĂ©dĂ© photochimique qui simplifie la fixation monochrome d’impressions lumineuses, d’une manière jusqu’alors inĂ©dite, et qui produit ces tirages bleus de Prusse ou bleu cyan.
C’est pour elle une rĂ©vĂ©lation, mais surtout le trait d’union qui lui permet de lier ses intĂ©rĂŞts botaniques et ses penchants scientifiques.
« La difficultĂ© de rĂ©aliser des dessins prĂ©cis de spĂ©cimens botaniques aussi minuscules que des algues filamenteuses m’a amenĂ© Ă utiliser le merveilleux procĂ©dĂ© mis au point par Sir John Herschel, le cyanotype, afin d’en tirer, Ă partir des plantes elles-mĂŞmes, des clichĂ©s que j’ai le plaisir d’offrir Ă mes amis scientifiques.  » notes d’Anna Atkins, 1843.
En 1843 elle publie Photographs of British Aglae : cyanotype impressions, considĂ©rĂ© comme le premier livre de photographie illustrĂ©. Un ouvrage artisanal, oĂą chaque page porte l’empreinte du spĂ©cimen d’algue, exposĂ© directement sur papier. Les silhouettes bleutĂ©es, presque fantomatiques, viennent formaliser l’univers scientifique jusque-lĂ enfermĂ© dans des illustrations Ă la main. Et deviennent, sous son regard, un langage artistique Ă part entière.
Son influence, on la retrouve deux siècles plus tard chez de nombreux artistes contemporains fascinĂ©s par les techniques anciennes, le rapport Ă la lenteur, au matĂ©riel et Ă l’aspect artisanal de l’acte crĂ©atif. Anna Atkins rappelle aussi, que l’observation mĂ©ticuleuse de la nature nourrit aussi bien la science que l’imaginaire.
Mais comment fonctionne le cyanotype ?
Le cyanotype est un procĂ©dĂ© photographique simple et fascinant, presque magique. Il repose sur une rĂ©action chimique entre deux composĂ©s : un mĂ©lange d’une solution de ferricyanure de potassium et d’une solution de citrate d’ammonium ferrique.Â
Ce mĂ©lange photosensible est ensuite appliquĂ© sur une surface, par exemple sur une feuille de papier, Ă l’aide d’un pinceau en couche homogène. On laisse sĂ©cher dans l’obscuritĂ© ce support prĂ©parĂ©.
Une fois sec, il présente une couleur jaune tirant sur le vert.
Sous l’exposition Ă des rayons ultraviolets, le fer des surfaces exposĂ©es est rĂ©duit, formant sur le papier une couleur bleu de Prusse Ă bleu cyan. L’intensitĂ© du changement de couleur dĂ©pend de la quantitĂ© de rayons UV, mais on peut obtenir des rĂ©sultats satisfaisants après trois Ă six minutes d’exposition en plein soleil en Ă©tĂ©.
Après l’exposition, le fer qui n’a pas rĂ©agi (jaune-vert) est Ă©liminĂ© par rinçage Ă l’eau courante. Le cyanotype obtenu est ensuite sĂ©chĂ© Ă l’air libre.
Source : Festival de la photo « So British », La Gacilly, été 2025 et stage au Museo Camera de New Delhi.


